Objectif Licornes

 

 

Temps de lecture estimé : 10mn

 

 

Qu'est-ce qui pourraît permettre à la France de créer plus de licornes ?

 

 

Avez vous remarqué que l'expression "potentielle licorne" n'existait pas ? 

 

C'est tout simplement parce que nous ne sommes pas (encore ?) capables de prédire l'avenir d'une jeune  entreprise, tant le nombre de paramètres à prendre en considération est important.

 

Par contre, on sait à priori faire deux choses :

1/ Réunir les conditions optimales pour espérer le succès

2/ Prendre des (gros) risques - notamment financiers - sur les projets qui semblent les plus porteurs

 

 

Quel que soit le palmarès que l'on considère, nous faisons malheureusement figure de petit poucet en matière de licornes :

 

 

Que nous soyons loin derrière les Etats-Unis ou la Chine semble logique,par contre qu'on soit autant distancés par l'Angleterre, L'Allemagne ou la Suède ne nous semble pas acceptable.

 

 

Innover, c'est prendre des risques.

 

Il est évident - sans tomber dans le cliché - que la prise de risque n'est pas notre qualité première à nous, français. Outre ce frein culturel - malheureusement largement entretenu dès la plus tendre enfance - notre légendaire lourdeur administrative et l'instabilité fiscale que nous subissons depuis des décennies ne sont pas de nature à rassurer les entrepreneurs ni les investisseurs, qu'ils soient français ou étrangers.

Ces éléments sont bien sûr à prendre en compte.

Les américains disent :

 

"High risks, High profits"
"Grands risques, Grands profits"

 

 

C'est la raison pour laquelle ils misent très tôt sur des entreprises qui généralement ne génèrent aucun argent, et qui, dans un premier temps en consomment beaucoup (voir notre article consacré à ce sujet ici). Ces entreprises ont un potentiel de profit gigantesque dans un avenir plus ou moins proche : ce sont les fameuses Licornes.

C'est le cas par exemple d'Uber, Twitter ou Space X pour ne citer qu'elles.

 

Alors bien sûr, ça ne marche pas à tous les coups, ça ressemble à un pari fou mais comme l'affirmait une publicité française bien connue : "100% des gagnants ont tenté leur chance".

En clair, celui qui ne joue pas ne gagne pas, et nous pensons qu'en France on ne "joue" pas assez dans ce domaine, ce qui explique en grande partie notre place dans les classements internationaux.

 

D'une part, prendre ce genre de risque est le seul moyen connu pour génèrer des licornes.

D'autre part, comme le diait Lao Tseu :

 

'"L'homme qui ne tente rien ne se trompe qu'une fois"

 

 

***

 

Nous pensons que les 10 milliards d'euros affectés chaque année au financement de l'innovation par la France représente une somme significative.

Nous nous trouvons dans un niveau de soutien à l'innovation assez bon par rapport à nos voisins européens dont les économies sont comparables.

Contrairement à beaucoup donc, nous ne préconisons pas d'augmenter ce soutient, mais plutôt de mieux l'utiliser afin d'en décupler le rendement.

 

Pour cela, nous avons imaginé des pistes de rélexions que nous partageons avec vous ici.

 

Comme nous avons déjà évoqué les leviers endogènes dans notre article consacré à ce que sont les licornes, nous n'évoquerons ici que les leviers exogènes, c'est-à-dire, ceux qui ne dépendant pas directement de l'entreprise.

Généralement, ils correspondent à un environnement ou à des dispositifs prévus par l'administration- donc à des leviers souvent immatériels (voir notre définition de l'immatériel ici) qui sont de nature à catalyser la performance de l'entreprise, et donc à encourager l'avènement de licornes.

Ils adressent les aspects suivants :

 

 

  1. CULTURE
  2. EDUCATION & FORMATION PROFESSIONNELLE
  3. ECOSYSTEMES
  4. FINANCEMENT
  5. STABILITE
  6. PLACE DE L'IMMATERIEL
  7. MEILLEURE EVALUATION DES PROJETS
  8. "SMALL BUSINESS ACT" A LA FRANCAISE

 

 

CULTURE

  • La prise de risques (mesurés)
  • La peur de l'échec

Dans le contexte de la globalisation, la culture de la prise de risques n'a pas le niveau requis, comme c'est, par contre, le cas aux Etats-Unis ou en Angleterre par exemple.

De plus, si la plupart des acteurs économiques en France n'est souvent pas à l'aise avec la prise de risques, l'intolérance à l'échec complète ce tableau négatif.

Or, comme exposé en introduction, innover c'est prendre des risques et donc parfois échouer.

L'échec fait partie intégrante de l'innovation.

Il conviendrait d'aborder ces sujets en profondeur, notamment à l'école.

 

 

D'autres freins culturels, que l'action publique ne peut pas modifier facilement, nous pénalisent aussi :

  • Notre pessimisme légendaire : pardon pour ce nouveau cliché, mais il suffit de regarder un journal télévisé français pour s'en rendre malheureusement compte. Il semble globalement que nous manquions d'optimisme, de rêves, d'ambitions même parfois... Nous manquons aussi de gens optimistes et visionnaires. Il y en a, certes, mais pas assez à nos yeux.
  • Le rapport à l'argent : En France, l'enrichissement semble souvent suspect. Il est même indécent pour certains. Aux Etats-Unis c'est la preuve du succès... et on en parle ouvertement !
  • Le rapport de force permanent entre "patrons" et "salariés" est un vrai frein : Le modèle allemand montre que l'un ne va pas sans l'autre et donc qu'il faut collaborer dans un intérêt commun de création et de partage de richesses.
  • Le manque de culture économique au niveau des citoyens : comprendre comment fonctionne un foyer familial, une entreprise et un pays - en utilisant des concepts simples - devrait être appris dès le plus jeune âge. Le fameux compte de l'épicier permettrait, par exemple, de mieux comprendre l'économie et contribuer aux enjeux nationaux.

 

 

EDUCATION & FORMATION PROFESSIONNELLE

Parler de licornes en France, c'est un peu comme parler d'un rêve.
Il est évident qu'un entrepreneur de la Silicon Valley, entouré de plusieurs licornes, sait que ça n'en est pas un.
En attendant que ça soir un jour le cas en France, certaines actions - comme celles qui suivent - pourraient être entreprises.

 

 

  • Former au "Product Marketing" : c'est une formation spéciale aux Etats Unis, et une fonction clé qui permet de transformer une idée en innovation, donc en profits. Cette fonction n'est que très rarement pourvue en France et on la confond malheureusement souvent avec autre chose. Nous préconisons un Master 2 en Product Marketing avec une double entrée écoles de commerce / écoles d'ingénieurs (ou universités). Cela permettrait d'exploiter plus efficacement notre gisement énorme d'idées.
  • Réorienter les budgets de formation professionnelle vers la formation massive en "Product Marketing"
  • Former aux méthodes modernes et efficaces de développement de produits et services : Lean Startup, Design Thinking, UX Design, Agilité... (voir article)

 

 

ECOSYSTEMES

L'écosystème de l'entrepreneur est souvent jugé trop complexe : il ne s'y retrouve pas.

 

  • Faciliter la compréhension et l'utilisation des accompagnements publics (clarté, transparance, positionnement, complémentarité...). Nous avons récemment eu l'exemple d'une institution locale qui proposait 186 dispositifs pour accompagner les entreprenteurs...
  • Faciliter l'accès aux marchés des petites entreprises notamment via les dispositions d'un "Small Business Act" à la française tel que décrit plus loin. 
  • Construire des clusters numériques : aujourd'hui, l'innovation ouverte nous montre que les idées et les compétences sont partout dans le monde - on parle de plus en plus de réseaux neuronaux.
    Leur accès doit être simple et efficace.
    Le succès mitigé de l'excellente idée des Pôles de Compétitivité tient notamment à un attachement territorial trop fort qui empêche de s'ouvrir vers d'autres
    opportunités.
    Des clusters ou Pôles dématérialisés pourraient  être une réponse efficace à ce constat.

 

 

FINANCEMENTS

  • Les dispositifs de financement trop nombreux (6218 en France), ne sont pas adaptés à la création de licornes : les financeurs, n'ayant pas la culture pour différencier une licorne d'une startup classique, peuvent laisser passer des dossiers à forts potentiels.
  • Réciproquement, un entrepreneur qui créée potentiellement une licorne ne trouve pas d'écoute appropriée et peut alors échouer dans son projet ou s'exporter.
  • Sans toutefois adresser directement le sujet des licornes, le rapport de France Stratégie de janvier 2016 soulignait déjà la complexité de nos dispositifs.
  • Si l'on veut avoir des licornes, et c'est tout à fait possible car nous regorgeons d'idées, il faut aussi avoir le complément indispensable d'un financement spécifique, caractérisé par des investissements très lourds, relativement longs et à hauts risques.

"high risks, high profits" peut aussi se dire en français !

 

 

STABILITE

L'économie française souffre depuis longtemps d'une situation d'instabilité politique, ce qui accroît les difficultés.

Un des effets est notamment la rareté des candidats financiers à la prise de risques.
Pour, malgré cela, créer des licornes, il s'agit donc de trouver des investisseurs qui comprennent et acceptent ce risque spécifique, ce qui limite vraisemblablement ces candidatures principalement à des acteurs français.

 

 

 

 

PLACE DE L'IMMATERIEL

  • Un regard financier oui, mais pas que !
    La financiarisation globale de l'économie amène généralement à tout regarder d'un point de vue comptable et financier : la performance d'une entreprise, la place d'une nation, le salaire d'une personne, le prix d'un produit...
    Ce regard est souvent nécessaire, mais il n'est - tout aussi souvent - pas suffisant, c'est notamment le cas pour les startups ou les licornes (cf notre conférence sur le sujet).
    Nous souhaitons donner la place qu'il mérite à l'immatériel et retrouver un juste équilibre entre matériel et immatériel.
    En effet, ce qui fait le succès d'une entreprise, ce sont ses aptitudes immatérielles. 
    Il est aujourd'hui possible de les mesurer efficacement pour proposer une compréhension profonde de l'entreprise et donc d
    u niveau de risque considéré.
    Ces mesures facilitent et sécurisent bien sûr les décisions.
  • Créer un corps des commissaires aux comptes et à l'innovation (CCA).
    L
    es commissaires aux comptes sont aussi appelés "Hommes du chiffre".
    Dans l'exercice de leur fonction, il y a la rédaction d'un rapport fait au conseil d'administration qui peut aborder le sujet des actifs immatériels. Par contre, aucun outil n'est à leur disposition pour les mesurer, les partager et les piloter efficacement.
     

 

MEILLEURE EVALUATION DES PROJETS

Une licorne est, par définition, au départ une startup.

Par conséquent, comme elle ne se distingue pas facilement des autres startups, il convient d'apporter de l'attention à toute la population de celles-ci afin de n'en laisser échapper aucune.
Ainsi, il est recommandé de mieux évaluer les projets grâce à des méthodes modernes basées sur l'évaluation des actifs immatériels.
Pour mémoire, voici les critères que nous estimons propres aux licornes :

 

 

"SMALL BUSINESS ACT" A LA FRANCAISE

  • Offrir l'opportunité à des startups, qui ont besoin de démontrer leurs capacités, de le faire en vraie grandeur.
    Les règles européennes en vigueur constituent le principal frein pour ce faire. Néamoins, certains pays réussissent à l'outrepasser en formant les acheteurs à la rédaction d'appels d'offres "orientés".
  • Encourager l'innovation par un "small business act" local permettant le développement des startups dans le cadre de commandes publiques.

 

***

 

La priorité de la France est de créer des emplois, comme le disent les américains :

 

"first things first !"

 

L'immatériel - et notamment notre méthode pour l'évaluer, Diag.O® - peut y contribuer largement.

Monsieur le Président, Monsieur le secrétaire d'état au numérique, quand souhaitez-vous commencer ? 

 

 

 

Georges Kayanakis & Pierre Baillot d'Estivaux

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